Là où tout a commencé

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J’ai hésité pendant longtemps avant de me décider à parler de moi, de ma vie, de mes expériences, de mon vécu et de tout ce par quoi je suis passé.

Cela fait maintenant un peu plus d’un an que je suis sur un chemin de compréhension de moi-même : comprendre qui je suis, comment je fonctionne en tant qu’être humain. Plus d’un an à m’observer, parfois sans même m’en rendre compte, et à remarquer des choses qui étaient là depuis longtemps et qui, pourtant, me rendaient la vie difficile.

Je ne savais pas vraiment par où commencer.

Quand on est passé par tellement de choses, je peux vous dire que je comprends certaines de vos difficultés. Ces combats que vous vivez chaque jour. Ces moments où vous avez l’impression d’être seul, que personne ne vous comprend réellement. Ces moments où vous avez l’impression que les gens vous écoutent seulement pour pouvoir vous répondre, et non pour essayer de vous comprendre.

Vous avez peut-être aussi l’impression d’être sur un chemin que vous seul comprenez, mais de ne pas être encore assez fort pour le vivre réellement et l’assumer.

Alors vous préférez parfois suivre vos émotions et continuer à penser que ce sont peut-être les autres qui ont raison.

Pourtant, au fond, vous avez envie d’être libre. Vous avez envie de changer, mais vous n’y arrivez pas.

Vous préférez parfois continuer à souffrir avec les choix que vous connaissez déjà, avec le système dans lequel vous avez l’habitude de fonctionner, plutôt que de prendre le risque de changer. Parce que le changement fait peur. L’inconnu fait peur.

Et ça, je le comprends très bien pour l’avoir vécu.

Avant de commencer à vous raconter mon histoire, j’ai envie de vous dire deux choses.

La première vient d’une phrase que j’avais lue dans un livre, même si je ne me souviens plus exactement lequel. Un écrivain disait que, pour écrire un livre, il fallait d’abord être le livre, être l’expérience que l’on raconte.

Parce que les mots n’ont pas le même poids lorsqu’ils viennent de quelque chose que l’on a réellement vécu. On peut choisir les plus belles phrases, trouver les bonnes formulations, mais il y a quelque chose qu’on ne peut pas fabriquer : la vérité de l’expérience.

Quand les mots viennent de ce qu’on a vécu, ressenti, traversé, ils portent avec eux quelque chose de réel. Et je crois que le lecteur le ressent.

Alors avant de vous raconter mon histoire, je veux vous dire une chose : tout ce que vous lirez ici, je l’ai vécu.

La deuxième chose, je l’ai lue dans Atomic Habits, un livre que je n’ai pas fini, honnêtement, mais dont les premiers chapitres ont été suffisants pour que je commence vraiment à changer ma manière de penser par rapport aux bonnes habitudes que je voulais construire.

James Clear explique une idée qui m’a beaucoup marqué : le problème n’est pas forcément vos objectifs, mais le système que vous utilisez pour essayer de les atteindre.

Et je pense que cette idée peut être attribuée à beaucoup plus de choses que ce qu’on imagine. Pas seulement faire du sport pour avoir un corps athlétique, manger sainement pour ne pas grossir ou faire plusieurs heures de montage par jour pour devenir meilleur en montage.

Elle peut aussi s’appliquer à des choses beaucoup moins visibles.

Vous voulez être en paix, mais votre système consiste à essayer de contrôler tout ce qui pourrait perturber votre paix.

Vous voulez vous sentir bien, mais vous luttez contre la chaleur parce qu’elle vous dérange, contre le mauvais temps parce qu’il gâche vos plans, contre une pensée parce que vous ne voulez pas l’avoir, contre une émotion parce que vous ne voulez pas la ressentir, contre l’incertitude parce que vous voulez savoir ce qui va se passer.

L’objectif est la paix, mais le système repose sur le contrôle.

Et c’est là que quelque chose a commencé à changer dans ma manière de voir les choses : peut-être que parfois, le problème n’est pas que nous n’arrivons pas à obtenir ce que nous voulons. Peut-être que la manière même dont nous essayons de l’obtenir nous en éloigne.

C’est exactement ce qui m’est arrivé. Mais il m’en a fallu beaucoup pour le comprendre.

Nous voulons être en paix, mais nous passons une grande partie de notre vie à essayer de contrôler ce qui ne dépend pas de nous.

Et pourtant, tout semble presque reposer sur une seule petite phrase :

Pour être en paix, agissons sur ce sur quoi nous avons du contrôle et arrêtons de vouloir contrôler ce sur quoi nous n’en avons pas.

Dit comme ça, ça paraît presque évident. Mais c’est quoi, exactement, ces choses sur lesquelles nous n’avons pas de contrôle ? Et surtout, comment est-ce qu’on lâche prise quand ce qu’on ne contrôle pas nous fait réellement souffrir ?

Parce que vous allez peut-être me dire : « Oui, je sais que je ne contrôle pas le temps. » Mais quand il fait 48 degrés dehors et que vous devez quand même sortir travailler, savoir que vous ne contrôlez pas la météo ne vous empêche pas d’avoir trop chaud et d’en avoir marre.

Vous savez peut-être que vous ne contrôlez pas le regard des autres. Mais quand vous vous faites rejeter, ça fait mal.

Vous savez que vous ne contrôlez pas les décisions des autres. Mais quand tout le monde est invité à une soirée sauf vous, vous pouvez quand même ressentir de la colère, de la tristesse ou vous demander ce qui ne va pas chez vous.

Alors, lâcher prise, ça veut dire quoi ? Ne plus rien ressentir ? Accepter passivement tout ce qui nous arrive ? Se répéter « je ne contrôle pas ça » jusqu’à ce que ça ne fasse plus mal ?

Je pensais moi aussi avoir compris ce qu’était le lâcher-prise.

En réalité, je ne l’avais pas compris. Je cherchais encore à contrôler ce que je ressentais face à ce que je ne pouvais déjà pas contrôler.

Mais pour comprendre comment j’en suis arrivé là, il faut revenir un peu en arrière.

Je ne saurais pas vous donner le jour exact où tout a commencé. Je ne pense même pas qu’il y en ait un. Ça peut commencer doucement : une pensée à laquelle on accorde un peu trop d’importance, une peur qu’on essaie d’éviter, une sensation qu’on ne veut plus ressentir.

Puis, sans vraiment s’en rendre compte, on commence à organiser sa vie autour de ce qu’on fuit. On trouve des moyens de contourner certaines situations, de refouler certaines émotions, de ne surtout pas ressentir certaines choses.

Moi, pendant ce temps-là, je voulais me reconstruire. Je voulais me réveiller, me reprendre en main.

Mais paradoxalement, j’avais l’impression de plonger chaque fois un peu plus vers l’obscurité.

Je me rassurais avec les mêmes phrases :

« C’est bon, lundi je me reprends en main. »

« C’est la dernière fois. »

Puis je recommençais.

À force de me faire des promesses que je ne tenais pas, j’en suis arrivé à un point où je ne croyais même plus vraiment en ma propre parole.

Et surtout, je ne savais pas par où commencer.

Je voulais être en paix, mais une grande partie de cette paix dépendait encore du regard des autres. Je cherchais à plaire, à être apprécié, à obtenir leur validation.

Je regardais certaines personnes être sociables avec une facilité qui me semblait naturelle, attirer les autres, être à l’aise, et je me demandais pourquoi je n’arrivais pas à être comme elles.

Pourtant, avec du recul, la réalité était différente. Je n’étais pas complètement rejeté. Je n’étais même pas quelqu’un de totalement asocial.

Le problème, c’est que je vivais énormément à travers le regard des autres.

Et quand votre valeur dépend du regard des autres, il y a un problème presque impossible à résoudre :

vous ne serez jamais validé par tout le monde.

Je vais vous donner un exemple pour que vous compreniez à quel point une chose qui peut paraître banale pouvait prendre de la place dans ma tête.

À chaque interaction avec quelqu’un, je ne vivais pas pleinement la conversation. C’était l’interrogation totale dans ma tête : Est-ce que ce que j’ai dit était bien ? Est-ce qu’elle me trouve drôle ? Est-ce qu’elle voit que j’ai de beaux yeux ? Est-ce que je lui plais ? Est-ce qu’elle a envie de me revoir ?

Je n’arrivais pas à contrôler ces réactions. Je sentais que je cherchais constamment à me vendre auprès de la personne.

J’étais encore loin de comprendre que c’était justement ça qui me volait ma paix et ma liberté intérieure.

Je voulais être séduisant, plaire, être vu comme quelqu’un de confiant, cool et sociable. Je voulais vraiment y arriver.

Mais il y avait quelque chose de complètement contradictoire dans ma manière de faire : plus j’essayais d’avoir l’air confiant, moins j’étais libre d’être moi-même.

Je n’étais plus vraiment dans la conversation. Une partie de moi parlait, rigolait, écoutait, mais une autre partie était constamment en train de m’observer : Est-ce que j’ai bien répondu ? Est-ce que j’aurais dû dire autre chose ? Pourquoi elle a fait cette tête ? Est-ce que j’en ai trop fait ?

Je ne rencontrais plus seulement quelqu’un. J’étais aussi en train de passer un examen dans ma propre tête.

Et le pire, c’est qu’il n’y avait jamais vraiment de résultat définitif à cet examen.

Même lorsqu’une interaction se passait bien, la tranquillité ne durait pas forcément. Il suffisait ensuite d’un message sans réponse, d’un changement de ton, d’une réaction différente de celle que j’attendais, et les questions pouvaient recommencer.

Je cherchais donc chez les autres quelque chose qu’ils ne pouvaient jamais me donner définitivement : la certitude que j’étais assez.

Je courais derrière cette certitude. Je voulais à tout prix m’améliorer, devenir plus séduisant, plus sociable, devenir aussi audacieux. Je voulais commencer à séduire de plus belles filles, être avec de meilleurs groupes de potes, côtoyer des gens riches, faire partie d’un cercle de gens connus. J’ai même essayé de devenir modèle photo.

J’ai travaillé pendant des mois à la gym. J’ai suivi un régime très protéiné. Je ne mangeais presque que des protéines, pas de chocolat. Je voulais devenir athlétique et sec.

J’ai commencé à faire des Reels sur les réseaux. J’achetais chaque mois, avec mon salaire, de nouvelles fringues. J’étais obsédé par être vu. Et pendant quelque temps, quelque chose d’assez étrange s’est produit : j’ai commencé à obtenir une partie de ce que je recherchais, beaucoup d’attention, de commentaires, de gens qui me suivaient, de plus belles filles qui me likaient. J’ai commencé par trouver une manière plus facile pour moi pour séduire. C’est comme si une nouvelle porte s’ouvrait à moi et, pendant quelque temps, je vivais la nouveauté de cette grande attention que je commençais à recevoir. J’ai commencé à recevoir des invitations pour aller à des soirées et des événements. Je sentais que les étoiles s’alignaient chez moi. Je voulais plaire à tout prix.

Mais il est arrivé un moment où ce n’était plus suffisant.

Ce qui me rendait heureux quelques mois auparavant devenait presque normal. Une belle fille ne suffisait plus, j’en voulais une encore plus belle. Une soirée sympa ne suffisait plus, je voulais être invité à une meilleure soirée, avec des gens plus connus, dans un endroit plus exclusif. Les likes, les messages, les compliments… tout ce qui me faisait quelque chose au début finissait par perdre de sa valeur.

Il m’en fallait toujours un peu plus pour ressentir la même chose.

Et sans m’en rendre compte, j’avais créé une sorte de course qui n’avait aucune ligne d’arrivée.

Parce que peu importe ce que j’obtenais, il y avait toujours quelqu’un de plus beau, de plus musclé, de plus sociable, de plus connu, quelqu’un qui fréquentait de plus belles filles, qui était invité à de meilleures soirées ou qui semblait simplement vivre une vie plus intéressante que la mienne.

Et forcément, si ma valeur dépendait de ma position par rapport aux autres, je pouvais gagner aujourd’hui et me sentir inférieur demain.

Le plus étrange, c’est que de l’extérieur, certaines choses que j’avais voulues étaient réellement en train d’arriver. J’avais changé physiquement, je recevais de l’attention, je rencontrais davantage de filles, j’étais invité à des événements, je devenais plus visible.

Mais intérieurement, je n’étais toujours pas libre.

J’avais simplement trouvé de nouvelles manières de chercher la même chose : la validation.

Et plus j’en recevais, plus j’avais peur, quelque part, de ne plus la recevoir.

C’est là que le système devient presque cruel : quand votre paix dépend de quelque chose d’extérieur, obtenir cette chose ne vous donne pas seulement du plaisir. Ça vous donne aussi quelque chose de nouveau à perdre.

Et à cette époque, je ne savais pas encore jusqu’où cette course allait m’emmener.

Je pensais être en train de devenir la personne que j’avais toujours voulu être. Plus séduisant, plus visible, plus entouré, plus libre.

En réalité, la partie la plus sombre de mon histoire n’avait même pas encore commencé.